PACKING BLOG

Les enveloppements humides. service du Docteur CHAPEROT

www.collectifpsy.org/actes/502.rtf

 

Les
enveloppements humides.

 

www.collectifpsy.org/actes/502.rtf 

 

    Depuis
deux ans maintenant, sous l’égide de notre chef de service le
Docteur CHAPEROT, nous avons adapté une technique d’enveloppement humide issue des modèles de packings de
WOODBURY et DELION.

 

Nos packs
sont des outils simples avec des effets compliqués.

 

Pierre
DELION
est l'auteur de référence en matière de packing. Ses
travaux sont des éclairages précieux pour qui tente cette aventure.
Tout au long de cet article, comme un fil d'Ariane vous retrouverez
ses repérages tant historiques que théoriques

Le
packing est une technique de soin qui s’origine dans deux sources
très différentes tant au niveau historique que théorique. La
première source nous vient de thérapeutes du XIXe siècle,
allemands et français, basées sur l’hydrothérapie, comprenant
des enveloppements humides ;
Fleury parle en
1852 d’emmaillotement humide. La deuxième source est théorique et
nous vient de la psychanalyse freudienne. Si la première avait le
mérite d’aborder la problématique du corps, elle n’a pas pu
échapper à une dérive. En effet, elle n’avait pas suffisamment
de contenu significatif pour ceux qui en ont hérité et l’ont
appliquée d’une manière répétitive, pour ne pas dire
déshumanisée. Et c’est ainsi que la technique des emmaillotements
humides est progressivement devenue une méthode de contention plus
ou moins connotée de sadisme, proche des camisoles. Par contre,
cette technique a été reprise aux États-Unis par des
psychanalystes soucieux des approches corporelles. C’est ainsi que
M. Woodbury, psychanalyste américain, est venu
en France et  a ramené dans ses « bagages » cette technique des
enveloppements humides avec un éclairage psychanalytique

 

Pierre
Delion
nous dit’’ si donc le vécu des personnes
psychotiques est marqué du sceau des angoisses archaïques :
tomber sans fin, couler, être troué, écorché,                   
                                                                    
                                  

leurs
instances psychiques, et principalement celles qui produisent les
défenses

archaïques
contre les angoisses, vont construire une image du corps elle-même
très en rapport avec ces fonctionnements singuliers. Nous pouvons
ainsi considérer que les différentes pathologies autistiques et
psychotiques sont autant de modalités d'habiter son corps par la
personne psychotique
.’’

 

   Notre
idée est de proposer à des patients souffrant de psychose grave,
une pratique qui  permette de générer un mouvement psychique ;
nous articulons cette pratique à la conceptualisation suivante.

Hypothèse
du rassemblement des parties éparses du corps: également peut-être
(ce n’est pas incompatible mais complémentaire), mise en relation
entre image inconsciente du corps (
Dolto),
représentations archaïques (pictogrammes de
P.Aulaguier)
avec une sensorialité spéculaire unifiante (stade du miroir,

Lacan
).

L’image
inconsciente, morcelée, se fonde sur des impressions sensorielles
précoces, dites archaïques. Ces impressions sont refoulées par
l’entrée en jeu du spéculaire.

Avec le
packing, on refait du « sensoriel » mais sous forme
« unifiée ».

 

 

Un
outil simplifié.

 

   Du
packing classiquement décrit dans la littérature, nous en  avons
adopté la technique et essayé de conserver l’essence. Nous avons
modélisé l’outil aux exigences  et attentes de notre service.
Adaptation nécessaire pour en faire un outil utilisable par l’équipe
soignante, pour l’intégrer dans le dispositif de soins.

 

    Du
temps ! Voila une denrée qui devient rare dans les services.
Pouvoir réunir deux soignants qui, quoi qu’il arrive puissent
s’engager dans un soin qui dure une heure n’est pas tâche aisée.

    Alors
coupe franche sur le potentiel troisième qui aurait pu tenir le rôle
de secrétaire. Idem de la  supervision trop difficile à formaliser.
Par contre toujours présent  l’intérêt de l’équipe médicale
qui ne vise pas une explication des phénomènes rencontrés lors des
séances de pack; en effet plus on explique

moins on
entend, mais, sous la forme d'hypothèses, une relance sans cesse
renouvelée de la qualité de cette "présence" psychique
qui consiste tout autant à s'intéresser à l'autre qu'à soi-même.
C'est la rigueur du cadre qui permet la créativité de ce qui s'y
déroule et qui est totalement imprévisible et inattendue... Il en
va ainsi des séances de packs.

 

   Je vais
vous expliquer comment nous réalisons nos enveloppements. Il faut
être au moins trois, le patient bien sur et deux soignants.

Un pack ça
se prépare, toujours de la même façon ; il faut un drap en
réserve dans le freezer, un autre drap, une couverture, un oreiller,
des gants et serviettes de toilette, un lit de camp, de l’eau de
Cologne, une montre, et une heure devant soi.

Dans une
petite pièce, en l’occurrence l’une des salles de bain du
service, nous disposons sur un lit de camp une couverture, un drap
froid qui sort du freezer, un drap mouillé à l’eau froide et
essoré, le tout est appliqué avec beaucoup de précaution pour
éviter les plis (Un grand nombre de patients les ressentent comme
gênant quand ils sont présents). Le patient dévêtu ou en sous
vêtements est encadré des deux soignants qui lui appliquent de
façon concertée une serviette humide sur chaque épaule, le patient
s’allonge sur le lit et est rapidement enveloppé par les draps et
la couverture, un oreiller est placé sous sa tête. Le patient est
enveloppé pour une durée de 20 Min. Les soignants se repartissent
en  un soignant de tête qui pendant toute la séance veillera
particulièrement au confort du patient, s’entretiendra avec lui
avec empathie, jouera un rôle maternant ; le soignant de pieds
quant à lui verbalisera tout ce qu’il peut percevoir des
mouvements corporels, donnera le décompte de la durée du pack,
permettra de réorienter l’entretien. Le patient  pendant toute la
durée du pack est invité à faire part de son éprouvé corporel,
évoquer des sensations ou des souvenirs, relater une histoire,
décliner du lexical, verbalisation à haute voix adressée ou non.
Juste avant la fin des 20 Min le patient est averti que le pack se
termine.
Le
désenveloppement se fait doucement dans le sens inverse de
l’enveloppement. Une fois « désenveloppé », le patient est
massé vigoureusement avec un gant imprégné d’eau de Cologne.
Doucement nous l’invitons à reprendre possession de sa
verticalité. Pendant le réhabillage quelques phrases sont échangées
pour aider à  clôturer le pack, soit en convenant d’une prochaine
date de packing, soit pour le réorienter sur les activités du
service, soit pour simplement le saluer.

   Le
travail pour les deux soignants n’est pas pour autant terminé.
Pendant le                                                          
                                                        rangement il
y a cette irrésistible envie de dire,  ce que l’on a remarqué
dans la couverture, sur le visage  du patient,  comment nous nous
sommes laissé absorber dans cette expérience. Puis de se raconter
avec force, par quoi nous avons été surpris, et de la surprise, il
y en a toujours.

    Et il y
a le retour, la confrontation avec le rythme du service, les autres
patients, les collègues, avec le ‘’Alors !’’ Et là
on perçoit à quel point nous sommes porteur d’un …, je ne sais
comment le dire, mais au sortir des packs, nous possédons quelque
chose que les autres n’ont pas. Au retour d’autres activités ou
d’entretiens il n’y a pas cette même attente. Il semblerait
qu’en matière de pack il y ait du sensationnel à relater.
L’équipe d’enveloppeurs  relate ces sensations avec les autres:
ces temps de réflexion sont là pour relancer le travail associatif
de chaque soignant sollicité. Et puis il y a le travail de
l'écriture  où il s'agit de relater l’essentiel et de faire trace
dans le dossier  de soin du patient. De plus il est habituel que
soient repris les contenus des packs en réunion formelle ou non.

 

Des
effets compliqués
.

 

    Des
draps comme des bras.

 

La peau, en
plus du rôle biologique complexe qu'elle joue, transforme
l'organisme en un système sensible qui participe à l'éprouvé des
sensations et qui est un lieu d'échanges avec l'entourage. Voilà
résumé ce qui va être le socle de la mise en place de notre
psychisme et de notre personnalité.

 

  Les
enveloppes psychiques, telles qu’elles sont décrites par
Didier
Anzieu
, sont des structures à double
feuillet (pare excitation et surface d’inscription) qui délimitent
le monde interne du monde externe. Dans la théorie freudienne, elles
apparaissent sous la forme du Moi, ce dernier ayant pour rôle de
contenir l’excitation psychique et d’entraver les passages libres
à l’intérieur du psychisme des quantités d’excitation.

 

      Soumis
au froid humide intense, le corps réagit tout d’abord par un effet
de

saisissement
qui s’accompagne généralement d’une augmentation du tonus, de
frissons, d’une respiration retenue. C’est un moment de
crispation  où toutes les parties du corps qui sont enveloppées
sont perçues, car contenues par les draps.

C’est le
temps de la vasoconstriction, mais aussi de la mobilisation de
l’angoisse. Moment de bascule où probablement se jouent des
scénarios archaïques.

Puis très
rapidement et toujours le réchauffement moins de deux minutes après
et dans la couverture cette énergie formidable qui envahit le corps
de l’enveloppé…La chaleur, qui diffuse  renoue avec des
éprouvés positifs. C’est le temps de la vasodilatation, de la
béatitude, de l’émergence de la relation.

 

Enveloppé,
emmailloté, le patient ainsi entouré par ce dispositif est invité
à éprouver et à relater son vécu corporel, réel et imaginaire.
L’abaissement de la température, l’effet de moulage exercé par
l’humidité des draps, le saisissement induit par la rapidité de
l’enveloppement, la thermorégulation, cet ensemble contribue à
mon sens à l’unification de la psyché et du soma.

 

Ce n’est
pas le corps du sujet qui est le lieu privilégié d’intervention,
mais le sujet dans son corps en relation. << Le corps humain
est toujours l’expression d’un moi et d’une personnalité, et
il est dans le monde>> (
P.Schlider)

  Nous
voulons lui permettre de vivre ce qui lui appartient en propre :
nous ne l’invitons pas à vivre en pack un certain bien-être, un
nirvana, mais à percevoir et vivre des ressentis profonds. La
proposition va donc consister à lui demander ce qu’il ressent ici
et maintenant. Temps de concentration sur une délimitation forcée
de son enveloppe corporelle, sur l’immobilisme, sur sa capacité à
se réchauffer, il est aidé à entrer dans ce bain de sensations.

Ne <<rien
faire>>, <<laisser faire>>, est essentiel à cette
invite. Tout ou partie que ce corps porte en lui de confus et
d’inexprimé,  de bloqué dans les tensions, se réveille, émerge
peu à peu. Les traces mnésiques sont réactivées. Ces perceptions
entraînent un afflux d’affects, dense et confus, ce que les mots
seuls ne suffiraient pas à contenir, et réduiraient.

<<
Qu’y a-t-il de non communicable en mots, qui se fige dans le
symptôme>> (
M.Mannoni).

Le corps du
patient devient alors le terrain de rencontre de soi, lieu
transitionnel, objet médiatique, porteur d’inconscient à
déchiffrer comme nous le faisons des  rêves.

Voici ainsi
posée, la scène sur laquelle s’engage le sujet qui n’a que le
chemin du non verbal pour communiquer aux thérapeutes son monde
intérieur. Relation

privilégiée
qui permet à quelqu’un de mettre en jeu ses projections, et allant
de l’agi au représenté, d’organiser ses représentations
internes. L’essentiel se crée dans cette rencontre.

 

                        
                                                                    
                             

   La
scène.

 

Le patient
se présente le plus souvent immobilisé dans son corps figé ou
grelottant: soit offrant un état de clivage entre un moi regardé et
un moi regardant, soit dans un corps qui lui est étranger,
extérieurement offert à autrui et intérieurement insensible, soit
totalement engagé dans une partie souffrante de son corps, ou bien
parfois même abandonné. Il est accompagné des deux soignants, l’un
à proximité le veillant comme une mère veillerait son enfant  et
l’autre un peu plus distant, vigilant, rigoureux mais tout aussi
réassurant.

Dans
cette situation, nous travaillons sur la mise en place du contenant
psychique à partir de l’expérience corporelle, la notion de pare
excitation (
Freud),
la peau psychique (Bick),
le manteau (
Meltwer),
le contenant (
Bion),
peut ici nous servir de métaphore à
l’un de nos rôles : protéger l’organisme contre les
excitations nocives de l’environnement.

 

‘’Mais
la technique n'est pas grand chose si elle ne s'inscrit pas dans le
maillage institutionnel, si ce qui se passe pendant la séance  n'est
pas repris, travaillé, avec d'autres, avec les autres de l'équipe,
afin que du lien s'établisse, et du sens
.
Ils
seront essentiels pour contrecarrer
la déliaison psychotique.’’ (
Delion)

 

L’écriture
du pack.

Le
travail de l'écriture est toujours un moment d'après-coup où il
s'agit d'abord de renoncer à rendre compte de la totalité d'une
expérience et de se contenter des extraits. Le dispositif comprend
donc un temps où les soignants se retrouvent en présence de tiers
pour évoquer le contenu de la relation clinique.  Ces temps de
réflexion sont apparus progressivement comme nécessaires à la
conduite des packs, à la fois pour réaliser ce que l'on retrouve
communément dans chaque soin psychothérapique et que l'on pourrait
nommer "toilettage contre transférentiel", mais
surtout pour relancer le travail associatif de chaque soignant. C'est
une première observation importante : la rencontre soignant-soigné
dans le cadre d'une série de packs, est d'abord la rencontre du
corps à travers les propres sensations corporelles du soignant. Sans
doute y a-t-il là à l'œuvre ce que M. KLEIN avait développé
sous le terme "identification projective"

C'est
dire combien, par exemple, les moments de silence de la parole ne
sont pas des temps sans communication. Mais des temps ou l'attention
particulière, portée par les soignants, fait écho aux perceptions
sensori-motrices du patient.

Cette
transcription du pack est un moment essentiel, articulation de
l’intime avec l’institutionnel. Ce qui m’importe dans
l’écriture d’un pack c’est la capacité à se situer en marge,
ni dans, ni en dehors, de tenir sans détenir. D’être en mesure
d’offrir une surface aussi peu meublée de représentations pour
que tout à chacun puisse à son tour arpenter cet espace.

 

 

  Histoires
de pack.

 

    En
abrégé voici livrées quelques vignettes de ces temps de rencontre.
Il est toujours difficile de les sortir de leur contexte, de les
synthétiser…

 

 

L’impressionné.
                 

Voici mis
bout à bout les sensations de David:

‘’Je
me tends, je me crispe, le froid me mord,… mes tensions
apparaissent, je respire pour les expulser". En nous regardant
‘’Tu crois que ça vas continuer, tu restes là ? la chaleur
s'intensifie, me brûle, m'oppresse".
"Ça fait du
bien d'être enveloppé".
"C’est bon…, pas trop
serré jusque ce qu'il faut’’, une étreinte  ‘’Je me
sens….je m’impressionne…..’’

 

Quelques
jours plus tard David viendra me trouver pour exprimer son souhait de
suspendre ce soin, mettant en avant une sensation trop forte
‘’d’impression’’. L’enveloppement représente un système
identique au miroir qui renvoie au sujet une image sensorielle de son
corps qui elle aussi doit avoir quelque rapport avec l'imaginaire,
puisque cette représentation sensorielle n'est pas son corps réel,
mais un système qui à partir de sensations, et non plus d'images,
lui permet une reconnaissance de lui-même en un tout unifié, qui le
représente.

Le pack est
peut être un catalyseur trop intense pour David en ce moment. Par
contre il sait que cet outil est à sa disposition et qu’ensemble
nous pouvons évoquer son utilisation ou non.

                        
                                                                    
                   

                        
                                                                    
                         

L’effet
pack.                            

Véronique,
toujours à se tortiller, à ébranler son corps, dans l’incapacité
à différer ses demandes qui portent sans cesse et invariablement
sur du linge, sur la propreté, sur les clefs de son placard. Avec en
plus  une adhésivité dans sa façon de se présenter qui fixe et
irrite.

Dix fois
cent fois dans la journée elle vient se poser, s’offrir à notre
regard, nous saturer  de son tourment. En fait d’une certaine façon
elle vient solliciter un refus et une limite à ses envahissements
archaïques, mais aussi vient tester notre disponibilité.

Les séances
de pack ont apporté a Véronique un tenant lieu de pare excitation.
Par l’entravement et l’immobilisme imposé par les draps la
fonction phorique est mise en forme, et devient condition de
possibilité  d’une mise en scène dans laquelle un échange
langagier tente de prendre sens, c’est la fonction métaphorique du
pack. Les quelques passerelles langagières vont ainsi être autant
de « greffes de transfert », telles que les nomment Gisèle
Pankow
, sur lesquelles vont pouvoir s’appuyer des rapports
différents avec Véronique, et notamment une diminution considérable
du niveau d’angoisse archaïque qui entoure les mécanismes
d’identification projective encore à l’œuvre chez elle d’une
façon prévalente. Pour les soignants qui ont participé aux séances
de packs l’intérêt a été de percevoir et mobiliser des
potentialités chez Véronique, capter son attention, cerner ses
demandes, sérier l’information, s’assurer de la compréhension
de l’énoncé, instaurer de l’intervalle par la mise en place
d’un cadre contenant et rassurant dans l’institution et aussi par
l’émergence d’une notion de référence au niveau de l’équipe.

 

La
régression.                         

La situation
de thérapie par pack repose à mon avis sur l'instauration, parfois
difficile, d'une confiance vis à vis de l'environnement permettant
la régression, et le laisser aller, pour retrouver le contact avec
les parties les plus souffrantes de sa personnalité primitive…..

 

Nous
pensons que le packing permet de toucher à tous les pans de l'image
du corps. Rappelons-nous que dans ce dispositif d’enveloppement
avec les conditions de silence, la position allongée, la voix
tranquille du thérapeute, l'importance des sensations du corps, tout
porte à croire que de telles conditions favorisent une régression
chez le patient

Eddy
l'exprimait très clairement : ‘’ Je me sens bercé
comme un bébé’’ ; il décrivait des sensations de
balancements, d’enroulements. Il nous disait aussi     ‘’ Je
suis protégé’’… ‘’Je suis doux’’…

Nous
touchons véritablement à « l'enfant dans le patient »,
pour reprendre une expression de Balint. Cette régression peut
conduire le sujet à vivre une image du corps enfoui dans les strates
du passé.

Nous
sommes là, dans un travail où le thérapeute met à la disposition
de son patient son psychisme tel un « Moi auxiliaire »
(P.C. Racamier), sa capacité de transformer des émotions
inassimilables, en quelque chose de recevable pour le patient.
Opportunité d'une expérience où pourrait se constituer, par ce
mécanisme d'étayage et l'introjection de la fonction contenante du
thérapeute, une enveloppe psychique (D. Anzieu), une peau
psychique (E. Bick).

 

La
surprise.       

     Cécile
fut la  première patiente pour qui cette prise en charge fut pensée.
Comment amener Cécile à se libérer de son état « encapsulé ».
Vivant dans un climat autistique quasi permanent, Cécile lorsqu’elle
parle d’elle, le fait en évoquant une poupée ; on la
comprend peu, tellement les néologismes sont forts. Elle a des mots
valise qui ne veulent rien dire pour nous, et qui s’accompagnent de
bizarreries  ou de moment de prostration., la communication est vécue
comme un risque énorme de tomber dans la dépendance de l’autre et
de tomber en morceaux …

Patiemment
et en expérimentant un climat d’intimité favorable axé sur la
qualité de présence, d’attention, d’écoute, de concentration
et de communication emphatique nous avons réussi a ce que Cécile
puisse intégrer le cadre thérapeutique des enveloppements. Elle
accepta le premier packing sans trop d’appréhension. Par contre
elle se montra beaucoup plus hésitante pour le second, évoquant les
morsures du drap froid sur différente partie de son corps. Elle se
décida pour renouer avec la sensation de chaleur qui coule dans son
corps et qui finit par l’inonder. Cécile s’adressait à nous
pour l’une des toutes premières fois, elle nous invitait à
reproduire ce cadre de stimulations pour se découvrir dans
l’enveloppement.

     Découvrir
et sentir les limites de son corps, distinguer les espaces interne et
externe, concentrer son attention sur le corps et l’expression des
sensations permet d’abord au patient d’assembler les différentes
parties de lui-même et d’accéder à la perception de son unité
sensorielle. Se sentir unifié dans son corps et percevoir la
différence  entre Moi et Non-Moi est peut-être une des bases
fondamentales pour l’activité de penser.

C’est le
point de départ indispensable pour établir un pont vers
l’extérieur, vers l’autre. En fait nous expérimentons
constamment ce paradoxe : aider nos patients à entrer en contact
avec leurs sensations, à se relier à eux-mêmes
dans leur corps
pour pouvoir s’ouvrir à la relation, échanger avec le monde
extérieur et le laisser entrer à l’intérieur
.

                        
                                                                    
                            

 

Les packs
d’entretien.

    Gilles
en est à son  vingt sixième  pack en sept mois. Ils sont effectués
soit lors de ses injections retard, soit au gré de ses ré
hospitalisations.

Il nous
semble que Gilles se soit approprié ce cadre thérapeutique et nous
invite à formuler quelques hypothèses nouvelles sur le pack.

      Tout
au long de cet exposé nous avons mis en avant que la question du
corps occupe une scène stratégique du traitement de la psychose,
une place privilégiée. C’est peut-être celle d’un verrou, d’un
passage obligé, d’un préalable. Avec Gilles nous aborderons une
autre dimension : la question du passage entre la notion
énergétique somatique et la représentation psychique.

Dans le
cadre des packs Gilles nous demande de «  bien faire notre
travail » c'est-à-dire d’utiliser des draps très froid et a
peine essorés. Il nous dit « je me sens….bien que comme
ça ». Peut-être aussi bien que quand il s’enferme dans un
lieu pour fumer une cigarette. Ce que Gilles attend de nous c’est
de le conduire dans le passage entre le froid et le chaud. Dans ce
contexte de sensations intenses il nous dit prendre du plaisir. Il
s’emplit du froid pour créer de la chaleur, sa chaleur, lui qui
d’ordinaire traverse la vie détachée, vide d’affects, quasi en
errance, toujours occupé à marcher, marcher pour ne pas penser. Il
nous dit de cette chaleur : « ça me colle, ça me
cadre ». Il nous dit aussi que ainsi enveloppé, il peut
vaincre ce que lui appelle sa timidité. Au cours d’un entretien il
nous dira qu’il reproduit les packs à domicile prenant une douche
froide et s’enroulant dans les draps de son lit. Son histoire il la
porte sur lui, dans sa façon si particulière d’être au monde,
par ses tatouages, par quelques tee-shirts usés jusque la corde, par
sa méfiance, par son silence.

    La
production de chaleur quand il est empaqueté le conduit à
s’exprimer davantage, à lever le voile sur nombre de souffrance
psychique, sur une intériorité incontenable, sur l’annulation du
réel.

Chaleur
corporelle… chaleur relationnelle.

Nous sommes
aussi là pour travailler et créer des liens. En ce sens la parole
en est génératrice. La voix elle-même en tant qu'expression vocale
et le geste dans sa symbolique font lien.

Que se passe
t- il lors de cette contenance du corps, incapable de se mouvoir, où
seule la tête émerge, lieu des pensées, lieu d'élaboration
psychique ? L'immobilisation ne fait pas l'absence de signes,
d'expression, de communication. Le pack œuvre par la capacité des
personnes présentes à favoriser et accepter de manière neutre et
bienveillante la chaleur d’une relation,

et à
transformer en symbolisation, en communication les manifestations

corporelles
émises par le patient en sa présence. Nous sommes là dans la
fonction maternelle de contenant de rêverie de
Bion.

 

Les
enveloppements humides sont de précieux outils de travail et de
réflexion, pour tous ceux qui s’occupent de patients psychotiques.
Ils m’ont apporté un nouvel éclairage sur les thérapies
corporelles dans le cadre des psychoses. Ils m’ont aussi convaincu
de cette nécessité évoquée par
GEORGES
POUS
 : «  Il faut que le
corps devienne image pour être pensé, comme il faut qu’il soit
aimé pour être senti ».

 

     Au fil
du temps je suis devenu un enveloppeur, un
packman
comme le disent  certains de mes collègues. Un peu frileux au début
de cette expérience, l’hydrothérapie était dans mon esprit un
tantinet désuet, surtout à l’âge de molécule antipsychotique de
2
ème voir 3ème
génération. Puis doucement, de surprise en surprise, le
psychomotricien que je suis s’est installé dans cette
psychosensorialité, dans ces mouvements d’éprouvés.

Des draps comme des
bras pour tenir une enveloppe souvent décrite comme lisse dans la
psychose, pour retenir la chaleur libérée, pour contenir la béance
du vide psychotique, pour nouer une mise en relation.

 

L’espace
du pack n’est peut être que prétexte à la rencontre, en tout cas
il m’a conduis jusqu'à vous  aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

ALBERNHE
T. : Dir. Et coll : L'enveloppement humide thérapeutique, 1992,
Collection les empêcheurs de penser en rond.

DELION
P. : le packing avec les enfants autistes et psychotiques, Erès 1999

ANZIEU
D., D. HOUZEL, A. MISSENARD et coll. : Les enveloppes psychiques,
1987, Dunod, Collection Inconscient et culture.


POUS G. : Thérapie corporelle
des psychoses, Edition l’Harmattan, Paris 1995.

TUSTIN
f. : Les états autistiques chez l’enfant, Paris, Le Seuil.

WINNICOTT
D.W. : Processus de maturation chez l’enfant, Paris, Paris.

 

 



09/12/2012
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 26 autres membres