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Le Packing: entre sensorialité et contenance psychique

  • Le Packing: entre
    sensoriahttp://psycause.pagesperso-orange.fr/033/033_le_packing.htmlité et contenance psychique

     

    Madeleine LABENERE
    Claire LANCON
    Infirmières

    François ROCHE
    Psychologue

    Eric ROSSE DE PREZENT
    Psychomotricien

    Intersecteur Nord-Vaucluse(1)

    A ceux
    qui passent

     

    V

    ous qui passez par
    ici

    S

    avez-vous ce qu'abrite
    cette pièce

    D

    ans la lumière et la
    pénombre

    E

    ntre le froid et la
    chaleur

    E

    ntre le désir et la
    peur

    I

    ci la souffrance se
    crie

    S

    ouffrance
    d'ados

    S

    ouffrance
    d'enfants

    C

    œur et corps en
    errance

    B

    risés, cassés,
    disloqués

    M

    eurtris

    I

    ci tente de se
    reconstruire une vie

    S

    e reconstituer une
    entité

    U

    ne unité

     

    D

    éjà meurtris par la
    vie

    V

    ous trouverez peut-être
    ici

    L

    'attention et la
    compassion

    C

    e qui redonnera
    vie

    A

    vos émotions

     

    L

    à bien
    enveloppés

    E

    ntre bras et
    regards

    J

    'ai le cœur qui
    palpite

    D

    ans cette pièce qui
    m'abrite

     

    V

    ous qui passez par
    ici

    E

    ntendez-vous ces cris
    sourds

    Q

    ue voyez-vous de ces
    vies

    A

    l'agonie

    S

    entez-vous cette
    odeur

    C

    'est celle de la
    peur

    E

    t du
    malheur

    T

    ouchés ces corps ne
    parlent plus

    N

    e vibrent plus, ne
    s'émeuvent plus

     

    V

    ous qui passez par
    ici

    A

    ccordez-moi un
    instant

    P

    rêtez-moi votre
    extension

    P

    our que se
    cueille

    L

    a fleur de
    peau

    P

    our que se
    tisse

    C

    e "cocon de
    soi"

    P

    our me retrouver
    moi

     

    Q

    u'il se joue à deux, à
    trois

    O

    u à
    plusieurs

    N

    ous avons tous dans les
    mains

    L

    a partition

    P

    our que se
    crie

    L

    'hymne à la
    vie

     

     

    Eric Rosse de
    Prezent

    Définition :

     

    le mot "pack" terme anglais recouvre des
    notions telles que : paquet, ballot, quantité, à partir de là le verbe anglais
    "to pack", packer, désignera l'action d'empaqueter, d'emballer, de
    rassembler. Le packing se voudra alors l'enveloppement.

    Historique

     

     

    Jean Floyer au 17ème siècle.

    Woodburry en 1960.

    Influence des travaux de : Ferenczi, Alexander, Reich, Lowen qui a permis aux
    équipes soignantes une sensibilisation à l'approche
    "somatothérapique".

    Depuis 50 ans environ, nous assistons à un changement de regard et d'intérêt
    sur la thérapeutique qui s'intéresse tout autant au contenu qu'au contenant. On
    peut citer pour illustrer cette évolution, les travaux de Winnicott sur le
    "holding", de Bion sur la fonction contenante, la pensée alpha, de Bick
    sur l'observation des nourrissons, de Melzer sur le mantèlement et
    démantèlement, de Tustin. On peut citer également les travaux d'Anzieu
    (moi-peau) et d'Houzel (les enveloppes psychiques).

    C'est dans les années 85-86 que nous avons mis en place ce soin grâce au
    Docteur Anicet et au Docteur Albernhe pour les enfants psychotiques du service
    de pédopsychiatrie du Docteur Reynaud.

     

     

    Aujourd'hui

     

     

    Aujourd'hui dans le service du Docteur Rouveyrollis, les cures de packing
    telles que nous les pratiquons sont des thérapies à médiation corporelle. Elles
    sont proposées sur prescription médicale comme soin spécifique en psychiatrie
    pour des enfants, des adolescents, des patients adultes souffrant d'autisme, de
    psychose ou de troubles graves liés aux pathologies du narcissisme.

     

    En préalable à la prescription qui ne vaut que pour 4 séances d'observation à
    partir desquelles sera posée, ou pas, la poursuite du pack, une ou plusieurs
    réunions sont nécessaires avec l'équipe soignante ayant en charge le patient.
    Dans ces réunions, les indications sont pensées à partir de l'histoire, de la
    problématique du sujet, ce qu'elle génère dans l'équipe, voire des signes émis
    par le patient lui-même. Ainsi pour Anthony, l'enveloppement est pensé par une
    soignante à partir d'une demande d'être enterré dans le sable lors d'une sortie
    à la plage, pour Monique ce sera son besoin de se construire des cabanes, de
    s'enfermer dans les toilettes qui feront penser à lui offrir cet espace de
    tranquillité qu'est le pack. L'enveloppement peut aussi apparaître comme une
    ultime tentative, une dernière chance de soins, après avoir tout tenté qui
    pourrait se traduire par "et si on tentait les packs" ! On voit
    déjà le pack comme se voulant aussi une fabrique de liens, n'œuvrant pas
    seulement sur les pathologies dissociatives mais aussi institutionnelles.

     

     

    Le cadre :

    lieu, horaires et dispositif se répètent dans un
    espace-temps réglé ce qui permet que le contenu de la séance soit hors du temps
    de la montre, soit le temps de l'inconscient, de l'histoire d'une actualisation
    possible. C'est la rigueur du cadre qui permet la créativité de ce qui se joue à
    l'intérieur.

     

    La pièce :

    ici tout ou presque est bleu, seul le plafond et le point
    d'eau font tâches blanches ; c'est une pièce qui se veut accueillante, calme, un
    espace de tranquillité.

     

    Durée des séances :

    concernant le patient dans son enveloppement, la
    durée n'excède généralement pas 30 mn qui correspondent à plusieurs temps. Un
    premier temps où le froid saisissant du début qui dure environ 10 mn laisse
    place à une période de réchauffement qui va accompagner les 20 mn restantes.
    Au-delà de ce temps une période de refroidissement pourrait survenir.

     

    La technique :

    quant à la technique de l'enveloppement proprement
    dit, elle est constituée de linges humides (drap, serviettes trempés dans l'eau
    froide et essorés) ; gestes répétés, méthodiques, précis ; d'attention
    bienveillante.

     

    L'équipe soignante :

    deux personnes détachées, Madeline Labenère et
    Eric Rosse de Prezent, fixes pour les enveloppements, toujours les mêmes,
    toujours à la même place auprès du sujet. Un soignant, éventuellement deux,
    venant de l'unité d'hospitalisation du patient participent au soin.

     

    Les places :

    l'observateur qui détient le cadre de la séance et note
    son contenu. Deux soignants de part et d'autre du patient allongé /
    éventuellement un autre soignant en position de miroir en face du
    patient.

     

     

    En
    séances

     

     

     

    L'expérience, présentée ici, a la particularité de s'adresser à une soignante
    Mme Lançon Claire, Infirmière DE désirant vivre une série d'enveloppements dans
    un but didactique. Nous allons donc partager cette expérience avec Claire, comme
    une rencontre singulière, une rencontre autour du corps, une rencontre à but de
    formation? Infirmière soignante, infirmière en cure de packing !! Pour ce qui
    est de l'exemple dont il va être question, nous étions deux : Eric observateur
    et Madeline à la gauche de Claire.

     

    Voici son témoignage

    : "l'origine de mon intérêt pour le pack a eu
    pour point de départ l'étonnement qu'a suscité en moi une expérience vécue au
    cours d'une formation intitulée : l'eau et son utilisation en thérapie.
    Enveloppée de la tête aux pieds, je fus immergée totalement sous l'eau, en apnée
    et laissée au gré de l'apesanteur jusqu'à la libération totale du corps de ce
    drap sans aucun mouvement et lent retour vers la surface : sensation de
    légèreté, de renaissance, de bien-être. Au cours d'un échange avec une équipe
    soignante auprès d'enfants autistes et étant moi-même soignante auprès d'enfants
    ayant des troubles du comportement, j'ai fait le lien entre le pack, et cette
    expérience de l'eau. Afin de poursuivre cette démarche, j'ai rencontré Madeline
    et Anne-Rozenn, soignantes expérimentées du packing à l'hôpital de Montfavet
    dans le service du Dr Reynaud. Cette rencontre, chaleureuse, sera
    décisive pour moi après le premier pack. Je voulais découvrir cette méthode
    venant compléter mes formations précédentes
    :

     

    1) Le conte et clown et conte - la thérapie par l'eau. Le conte raconté aux
    enfants : bain de paroles entrant dans les 3 fonctions de la peau - D. Anzieu
    .

     

    2) L'eau et son utilisation en thérapie : celle-ci contenante dans un travail
    autour de la 2ème fonction de la peau : "l'interface qui marque la
    limite avec le dehors, barrière protégeant de la pénétration des avidités et des
    agressions en provenance des autres : êtres ou objets" - P. Delion. C'est aussi
    percevoir les contraintes du milieu aquatique : contraintes qui déterminent les
    limites de son utilisation et de la relation.

     

    3) Le packing par la radicalité de sa mise en jeu, appartient au groupe de
    traitement par l'eau. Il vient donc contenir l'être dans sa peau. "Les séances
    permettent un cheminement thérapeutique et le patient peut exprimer ses pensées,
    ses peurs, ses vécus, pulsions et fantasmes" P. Delion.

     

    Ces démarches étant complémentaires, j'ai voulu "expérimenter" moi-même le
    packing accompagnée par un couple de thérapeutes (Madeline et Eric), dans son
    intégralité, avec mes doutes, mes appréhensions, mes interrogations, mes
    somatisations : douleurs abdominales de l'avant pack, parfois l'idée du
    renoncement, de l'abandon, lapsus dans les comptes-rendus après séance. La
    décision prise, le programme de 7 séances établi avec les accompagnateurs, alors
    commence cette démarche, savoir ce que cela fait, appréhender le froid quand on
    est native d'Afrique du Nord, laisser aller le corps au "maternage", le sentir
    s'étirer, gratter, trembler, se déformer, faire un parcours de son corps, en
    détail, le lire, l'appréhender le temps d'une séance, supporter le
    contact.

     

    Les deux accompagnateurs, Madeline et Eric sont là, soutenant, ils sont
    les référents d'une relation privilégiée et contenue. Une fois franchie la porte
    de la pièce bleue, peu éclairée, ils m'embarquent avec sérieux, ponctualité,
    chacun à sa place repérée dans une rigueur qui me convient, qui me conforte dans
    cette démarche, d'abord imaginée, maintenant vécue, expression des pensées
    fortes, difficiles à dire : "exhibitionnisme", fantasmes ; franchissement d'une
    rivière, pierres de couleur, secrets des amitiés.

     

    La séance commence, fin de ma verticalité, je m'allonge sur le lit - au
    signe de la main de Madeline, je trouve ma place, je m'y installe, c'est
    vraiment froid, les bras le long du corps, premiers tremblements, raidie,
    mâchoire serrée, nuque tendue, respiration courte, saccadée. Le temps d'être
    enveloppée est celui du dernier échange de regard avec Madeline avant le début
    de la traversée. Eric en face de moi et de la lumière. La place à ma droite,
    celle du Père reste vide. Madeline s'applique à l'enveloppement : les serviettes
    froides sur les jambes et les bras puis vient le drap froid, blanc, impitoyable,
    linceul plié sur le bas du corps puis elle recouvre le haut - l'enveloppe de
    plastique suivra et la couverture vient terminer ce moment de proximité
    maternante. Ca serre, mais pas trop, les limites se font plus fortes, j'ai envie
    de pousser de chaque côté, le froid est intense, il me pénètre, me domine, je
    lâche mon dos, je ne le maîtrise pas ce froid, je me sens tenue, retenue -"me
    voilà dans de beaux draps" ai-je pensé lors d'une séance, la deuxième, dans le
    contraste du chaud de ma peau souffrante : allergie lucite et du froid voulu,
    accepté, Madeline est assise à ma gauche, elle respire fort, je l'entends et
    j'attends cette expression, je suis face au bleu intense. Je parle du dedans, du
    dehors, ma nuque est raide, mes dents serrées, les images s'activent et les mots
    du trop plein émergent, je parle avec retenue d'abord, la gorge se serre :
    l'image du corps, le sens du "ça".

     

    Le silence de la pièce m'impressionne, quelques bruits de l'immeuble
    traversent les murs. Je m'exprime doucement ; Madeline sera rassurante, phrases
    clefs ; je ne la regarde pas, Eric non plus, parfois du coin de l'œil pour
    retrouver des repères. Toutes les séances mon regard se fixe vers le haut, à
    droite : le Père si lointain, pour aller à la découverte et comprendre…. Dans
    cette coquille protectrice : je vois mon corps momifié, je ressens un étirement
    vers le bas, une autre fois, un décalage d'un côté du corps, le droit plus bas
    que le gauche, un effet de flottement avec une image de poisson ondulant, une
    impression de légèreté ; j'explore les représentations archaïques d'un corps
    sous protection, écorché, les événements vécus (deuil, manque, accident,
    mutilation, haine, auto-agressivité) - les chaos internes émergent, les
    sanglots, la culpabilité d'être dans la plainte, les questionnements sur la
    capacité de représentation de son image corporelle : s'accepter tel quel, être
    plus positive.

    Mon corps se réchauffe, mes mains, mes bras. Je recherche un apaisement des
    sensations de doux, de coton, de laisser-aller, lâcher prise, j'ai envie de
    fermer les yeux, je m'apaise, mes images sont fugaces, elles s'atténuent. Je
    prends conscience du bien "être" dans l'enveloppe. Je crains la fin de la
    séance, c'est Eric qui en ponctue la fin, Madeline prévient de l'ouverture de la
    couverture, du plastique puis du drap. La fraîcheur de l'air, la chair de poule
    me réactivent. J'attends les serviettes chaudes posées par Madeline sur mon dos.
    Je me recroqueville. Il faut quitter cet état de bien-être rassurant.

     

    Après ce remodelage du corps, de l'être, l'eau de là s'estompe, s'évapore.
    Je dois me remettre debout. Les deux accompagnateurs sortent sans un mot, pour
    me laisser reprendre "forme". Un temps de paroles à la fin de chaque séance,
    réconfort nécessaire avant de retrouver les contraintes du retour aux rythmes
    quotidiens.
    "

     

    Ici la mise en scène du "corps enveloppé", prise à témoin par les sensations,
    va communiquer à la psyché, par la voie de la sensorialité : du refoulé, de
    l'archaïque de l'émotionnel. La fonction alpha (Bion) intrinsèque au cadre des
    enveloppements tels que nous les pratiquons va permettre de mettre en lien ces
    ressentis corporels avec les pensées, les pensées avec la parole, ou
    l'expression de celle-ci.

     

    Dès les premières séances, Claire exprime combien elle est sensible à ce lieu
    dans lequel nous l'accueillons, à sa couleur, son ambiance. Il s'agit d'une
    pièce bleue, accueillante, calme, chaleureuse et parfumée. Matelas, couvertures,
    coussins, lampe permettent de créer une ambiance cocooning.

     

    Sur l'implicite des significations contenues dans la couleur, l'ambiance,
    Claire associe : "…un aquarium … un espace de liberté où le corps vit des
    sensations de flottement, d'évasion".
    Il n'est pas inutile de se dire que le
    bleu, outre les évocations amniotiques, le bleu dans le spectre des couleurs,
    c'est ce qui reste quand la lumière diminue. On voit le monde en bleu ! Elle
    repère certains rituels inhérents à ce soin comme rassurants, protecteurs. Il
    est intéressant de noter que le rituel a une fonction de communication
    essentiellement expressive et symbolique : "il dit quelque chose" plutôt
    qu'il "ne fait quelque chose"

     

    Dans la gestuelle de l'enveloppement il y a une interprétation contenante
    signifiant : "je prends soi de toi", "je m'occupe de toi". Claire
    : "bien enveloppée, je viens chercher ce bien-être, on s'occupe de
    moi".

     

    L'enveloppement est une convocation à l'espace potentiel pour le sujet à la
    rêverie maternelle pour les soignants, permettant de possibles retrouvailles
    avec les premières enveloppes psychiques : Claire en parle en ces termes :
    "…me voilà emmaillotée……je suis bien, de si près tenue…l'apaisement dans la
    contenance…".
    Il est sécurisant, attendu par Claire la renvoyant à des
    sensations archaïques et symboliques telles que :

    - emmaillotement Õ naissance

    - momification Õ mort

     

    Eric, en place d'observateur attentif, prend les notes sur ce qui est dit,
    non dit mais observable et ressenti. Cette écoute et ce recueil laissent des
    traces qui ont aussi une fonction contenante puisque retravaillés entre nous
    après la séance et repris en supervision.

     

    Madeline pratique l'enveloppement avant de s'installer à l'écoute de Claire.
    De cette écoute des mots et de maux, du bruit du crayon sur le papier, du
    portage phorique offert par le cadre, nous avançons par la sémaphorisation des
    signes, vers une possible métaphorisation de l'expérience par le biais du
    langage. Lors d'une séance Claire dira :

    "être contenue pour extraire les images, les vécus, être saisie pour libérer
    les émotions, le langage du corps enfoui, l'émergence d'un regard sur la
    vie".

     

    Nous avons vécu avec elle, sept séances de pack à raison d'une tous les
    15,jours. Des liens se sont faits, d'autres défaits et dans les va et vient
    corps / psyché, sensations, émotions, verbalisation, écoute, transformation :
    Claire nous dit lors de notre dernière rencontre : "… des images d'enfance…
    des deuils… l'enveloppe réparée, la sérénité retrouvée
    ".

     

     

     

    Hypothèses de
    travail

     

     

    D'un point de vue embryologique, il est intéressant de noter l'origine
    commune ectoblastique au système nerveux central (cerveau, moelle épinière qui
    est le plus interne au corps humain) et à l'épiderme (le plus externe du corps
    humain).

     

    R. KAES nous montre que le groupe peut servir pour le sujet de contenant -
    conteneur, d'un lieu de dépôt de la partie psychotique de la psyché. Les
    fantasmes ainsi expulsés pouvant se trouver transformés par le processus de
    groupe, considéré comme appareil de transformation.

     

    Nous retrouvons cette même notion antérieurement chez Bion avec la notion de
    fonction contenante et fonction alpha. Le setting renvoie à un cadre
    thérapeutique : régularité, répétition, personnes encadrantes toujours les
    mêmes, qualité de l'écoute, de l'attention, au service du patient font de ce
    lieu un espace éminemment thérapeutique. Chacun de ces éléments fait enveloppe :
    la cadre est déjà une enveloppe structurante, le silence qui nous enveloppe ou
    pas en est une autre, la parole, enveloppe sonore, en est encore une. Il en va
    de même pour le regard et l'attention. Il faut faire mention, au rang
    d'enveloppe, du groupe de vie qui nous amène le patient, de l'institution bien
    sûr également. S'y rajoute celle de l'espace de supervision prévu pour chaque
    cure ; supervision assurée par des psy du service ou intersectoriels. L'image
    qui pourrait être utile ou utilisée pour rendre compte des enveloppements serait
    celle de l'oignon et de ses différentes peaux où pourrait voir le jour le germe
    du sujet en devenir au cœur de l'ensemble.

     

    Bien sûr, il nous faut parler de l'enveloppement lui-même, de ce qui fait
    bord, de ce cocon chrysalide, du dedans du dehors, du saisissement par le froid
    ou du manque de réactions (certains patients ne réagissent pas, semblent ne pas
    sentir le froid) :

     

    "Je me raidis, je me crispe, mes tensions apparaissent, je respire pour
    les expulser"
    et du réchauffement progressif jusqu'à parfois une impression
    de ne plus pouvoir la supporter "la chaleur s'intensifie, me brûle,
    m'oppresse, c'est un enfer invalidant".
    Le même cadrage se fait lorsque le
    patient s'allonge sur les draps froids ou lorsqu'on lui demande de patienter et
    d'aller le plus loin possible dans le temps de la séance : "ça fait du bien
    d'être enveloppée".
    "Je mesure l'intensité de l'enveloppe, pas trop
    serrée jusque ce qu'il faut, une étreinte bienveillante".

     

    Que se passe t - il lors de cette contenance du corps, incapable de bouger,
    où seule la tête émerge, lieu des pensées, lieu d'élaboration psychique ? Mais
    l'immobilisation ne fait pas l'absence de signes, d'expression, de
    communication. C'est là peut-être l'un des points où le pack œuvre par la
    capacité des personnes présentes d'abord à la favoriser et l'accepter de manière
    neutre et bienveillante et à transformer en symbolisation, en communication les
    manifestations corporelles émises par le patient en sa présence. Nous sommes là
    dans la fonction maternelle de contenant de rêverie de Bion. C'est par exemple
    Bertrand (un patient adolescent) qui dans la séance le dit à sa façon :
    "Madeline c'est une mère qui analyse les choses mauvaises et me les ramène en
    bien pour que je vois positif".
    Ceci est verbalisé, alors que Madeline est
    absente. C'est encore Mehdi, enfant psychotique, qui reçoit aux signaux sonores
    qu'il émet aux manifestations corporelles qu'il produit, réponse de la part des
    thérapeutes sur une longueur d'ondes entendable, décodable et dont le visage
    s'humanise par le regard et le sourire portés sur les personnes présentes.

     

    Permettre à ces enfants et adolescents qui nous sont confiés, de nous
    accorder un minimum de confiance pour déposer dans ce lieu d'enveloppement leur
    souffrance, leurs difficultés, leur "mal dans la peau", pour qu'alors
    souvent s'opère un mieux-être, fait que la difficulté originelle se fait
    différente, devient un signe parmi d'autres d'une difficulté, d'un malaise
    relationnel plus général qui puise ses racines dans une ambiance familiale
    génératrices de manques, dans en fait, ce qui le constitue en tant que sujet.
    Cela ne peut s'opérer que si le lieu offert est vécu comme espace de bien-être,
    de sécurité, de tranquillité.

     

     

     

    Parler ou
    pas

     

     

    Même si l'expression est là pour l'appuyer "nous sommes enveloppés par le
    silence
    " nous sommes aussi là pour travailler et créer des liens. En ce sens
    la parole en est génératrice. La voix elle-même en tant qu'expression vocale ou
    le geste dans sa symbolique s'adressant à l'autre fait lien, venant de soi et
    s'adressant à l'autre (naissant de soi mais peut-être provoqué par l'autre)
    destinés à l'autre font communication, font lien. Le premier acte de l'humain,
    dès sa venue au monde ou à cause de sa venue au monde est de crier, peut-être
    aidé en cela par une fessé. Crier oui, mais pourquoi, pour qui ? Ce cri là a
    valeur de sens pour ceux présents en tous cas. Il signe l'entrée dans le monde
    des vivants et est accueilli favorablement, faisant même partie des critères
    retenus pour l'évaluation de la bonne santé du bébé. Crier lancé, premier signe
    du dedans projeté à l'extérieur, cri dû à la violence de la naissance
    représentant la première perte, la première césure. Perte de cette enveloppe où
    neuf mois durant le fœtus va en éprouver les contours et les limites. Peut-on
    penser que ces limites faisant bord font aussi peut-être un corps délimitant
    déjà les premières esquisses d'un soi et d'un non soi renforcés plus tard par
    les caresses des futures mères sur leur propre ventre. N'y a t-il pas là quelque
    chose de l'ordre du dialogue, lorsqu'une femme enceinte répond aux mouvements
    qu'elle perçoit de son bébé en lui parlant, en se massant le ventre, geste que
    l'on pourrait entendre comme des coups frappés à la porte de la maison du corps
    du bébé. Masser son ventre équivaudrait alors à donner des renseignements
    kinesthésiques, cénesthésiques à son bébé, prémices du dialogue
    tonico-émotionnel entre la mère et l'enfant. l'air lui manquant, il lui faut et
    c'est en ces termes que cela se pose : quitter l'enveloppe.
    Le passage marque sans doute le maximum possible des sensations pour les bébés
    qui l'effectuent (qui pourraient faire dire à certains "je suis passé" et
    d'autres "on m'a sorti") la plongée sous-marine et la spéléo seraient des
    tentatives de reviviscence de telles sensations. Bref, cette aventure qui pousse
    l'un vers le monde et la femme vers celui qui lui donnera son statut de mère …
    tout cela aboutit à un cri de délivrance ! l'enveloppe se reconstruit bien vite
    par les bras et le ventre maternel à laquelle vient s'ajouter la voix, véritable
    enveloppe sonore qui va accueillir l'enfant, l'identifier en le prénommant ou en
    l'identifiant sexuellement. La voix va là de nouveau, par rapport à la
    perception qu'il en avait in utéro, venir le bercer par sa tonalité et sa
    musicalité. Il est intéressant de s'attarder un moment sur le comportement des
    bébés dans les couveuses et de leur gestualité. Ce qu'on peut y observer à
    certainement à voir avec la recherche de l'enveloppe perdue, recherche d'un
    autre cadre, d'une construction. Cette même recherche d'enveloppe de sécurité se
    retrouve dans la période d'endormissement, où le jeune enfant va rechercher des
    points de contact tête-dos dans son berceau.

     

     

    Et le
    packing dans tout cela ?

     

    Nous avons envie de dire que tout cela justement, il en est question ici.
    Nous parlions de cris. Nous entendons parfois hurler, certains de ces cris sont
    silencieux, il en va de même des pleurs…. Il n'y a pas ici de silences vides. Le
    silence qui se donne à entendre peut, selon l'écoute qui en est faite, être
    riche d'expression, d'émotion, de sens ou de passage d'une scansion à
    l'intérieur de la séance à un autre temps ou d'une séance à l'autre. Il n'est
    pas de silence qui ne parle pas. L'importance des mots vaut pour la plupart mais
    le silence peut prévaloir pour d'autres C'est d'abord à qui il se donne qui
    prime, et là intervient la qualité d'écoute et d'attention des partenaires du
    soin présents.

     

    Quant ce qui est dit en réponse à l'expression chez le patient amène une
    demande de plus d'explication, on peut penser que ce bain de langage (dont une
    des fonctions et bien de laver) enveloppe sonore, représente alors une enveloppe
    de cohésion (maintien de sa forme corporelle et une enveloppe de sens). On
    retrouve là les deux fonctions de l'image du corps : apporter une forme spatiale
    et expérimenter un contenu dynamique doté de sens.

     

    Ce dont il est question dans une série de packs, c'est de créer ensemble, le
    mot est primordial, une trame constituée par les mots, les expressions
    corporelles, les ressentis et éprouvés corporels, les silences, le dialogue,
    trame qui figure une "enveloppe globale consistante". L'image nous vient
    quelquefois en séance de nous représenter l'enveloppement comme l'aventure d'un
    bébé kangourou qui, seule la tête sortie, le reste du corps bien à l'abri dans
    la proche maternelle, vivrait un moment de l'aventure de la vie jusqu'au moment
    où il pourrait en sortir, s'en sortir. Cadre sécurisant où l'attention, l'écoute
    sont à l'œuvre. Comme dans tout travail thérapeutique, il appartiendra à ceux
    qui en constituent le cadre et son garant, de contenir et de psychiser les
    productions des patients ? Nous sommes présents là pour essayer, par notre
    capacité de rêverie (Bion) et les possibilités transférentielles qu'elles
    créent, de détoxiquer autant que possible, de métaboliser les expressions du
    patient pour les lui rendre plus assimilables. L'écoute et l'attention dans ce
    cadre particulier sont autant de facteurs de la fonction alpha (Bion).

     

     

     

    La
    fonction alpha

     

    Ce sont des outils de travail conçus pour aider le praticien à penser quelque
    chose qui lui est inconnu. "Prolongeant ce mouvement, il mettra l'accent plus
    tard sur la discipline de l'attention "être sans mémoire, sans désir, sans
    compréhension. La fonction alpha pourrait définie comme étant un appareil de
    transformation"
    , transformation qui permet au petit enfant de se
    réapproprier quelque chose. L'émotion brute, sensorielle a été transformée par
    la capacité de digestion maternelle (la fonction alpha) en mental (élément
    alpha). La fonction alpha peut-être définie comme une fonction de contenance qui
    implique un travail psychique à accomplir pour recevoir, contenir et penser, des
    éléments bruts de sens ou très primitifs (éléments béta). Ces éléments
    deviennent psychiques suite à cette transformation, ces contenus ont reçu un
    contenant. Ils peuvent alors alimenter la production de nos rêves, rêveries,
    fantasmes et pensées. La fonction contenant se manifeste par l'émergence d'une
    véritable activité de penser qui demande la création d'un appareil à penser les
    pensées. La capacité de rêverie évoquée par Bion pourrait être à l'origine même
    du passage de tout vécu corporel à sa psychisation, de la métabolisation des
    ressentis et éprouvés corporels en activité de pensée. On sait que Bion a fait
    de cette relation psychique du bébé à sa mère le prototype de la relation
    soigné-soignant : on y retrouve cette même fonction qui consiste à drainer et à
    recevoir tous les messages conscients et inconscients émis par le patient dans
    le creuset psychique de son attention, où ce qui était non lié ou délié va
    pouvoir se lier. L'attention, toujours selon Bion, est décrite comme la matrice
    dans laquelle viennent se réunir les éléments du psychisme et où ils peuvent
    ensemble se combiner en un tout cohérent. Ainsi pourrait être envisagée
    l'attention comme outil éminemment thérapeutique, pouvant par son pouvoir faire
    redémarrer un processus bloqué, pathologique, redonner une base narcissique chez
    ceux à qui ont ne fait pas attention.

     

    L'un des intérêts majeurs des packs dans cet espace psychothérapique réside
    aussi dans sa fonction de réparation narcissique : "le patient a besoin d'une
    saisie sensorielle globale de son analyse, de l'entendre… mais aussi de le voir,
    de se repérer sur ses mimiques, ses attitudes, ses gestes, c'est-à-dire en
    quelque sorte de toucher son corps par l'intermédiaire du regard ou de
    l'imitation posturale. En même temps et réciproquement il satisfait dans cette
    situation son propre besoin d'être touché, tenu réchauffé, manipulé… à faible
    distance par la puissance visible et tangible de son psychanalyste, par son
    sourire, sa solidité, sa stabilité, ses messages sonores, ses
    réactions
    en mémoire et en écho
    ". - Anzieu.

     

    De la
    place du superviseur

     

    Le travail de l'écriture est toujours un moment d'après-coup où il s'agit
    d'abord de renoncer à rendre compte de la totalité d'une expérience et de se
    contenter des extraits. Il s'agit, pour commencer, de dire que cet écrit
    s'origine d'une volonté commune, informelle initialement puis plus aboutie, de
    transmettre quelques traces d'une expérience des packings au sein de notre
    institution soignante. Texte à 4 voix donc. Le dispositif, décrit de plus haut,
    comprend donc un temps dit de supervision où les soignants se retrouvent en
    présence d'un tiers pour évoquer leurs vécus de la relation clinique avec le
    patient. Temps d'élaboration mensuel, qui fait suite à des temps de reprise
    hebdomadaire entre soignants, à l'issue de chaque séance de pack. Ces temps de
    réflexion sont apparus progressivement comme nécessaires à la conduite des
    cures, à la fois pour réaliser ce que l'on retrouve communément dans chaque soin
    psychothérapique et que l'on pourrait nommer "toilettage
    contre-transférentiel"
    , mais surtout pour relancer le travail associatif de
    chaque soignant sollicité psychiquement de manière intense mais sollicité y
    compris dans son corps, dans sa sensation.

     

    C'est une première observation importante : la rencontre soignant-soigné dans
    le cadre d'une cure de packs, est d'abord la rencontre du corps à travers les
    propres sensations corporelles du soignant. C'est là une donnée que l'on
    retrouve souvent dans les thérapies à médiation corporelle, particulièrement
    avec les sujets psychotiques où l'intensité des modalités projectives sont
    telles que le soignant ressent physiquement les projections psychiques du
    patient. Sans doute y a-t-il là à l'œuvre ce que M. KLEIN avait développé sous
    le terme "identification projective" et qui consiste, non pas en une
    simple projection d'une modalité psychique dans la psyché de l'autre, mais en
    une projection qui s'incarne dans le corps de l'autre d'une manière concrète
    comme une rage de mordre devenant par exemple une partie du corps de l'autre par
    lequel le sujet a une peur massive d'être dévoré.

     

    C'est dire combien, par exemple, les moments de silence de la parole ne sont
    pas des temps sans communication mais davantage des temps où les affects, les
    motions pulsionnelles, mis sous tension par le dispositif scientifique, affluent
    et cherchent une voie d'expression.

     

    L'attention particulière, postée par les soignants, au hic et nunc de la
    séance, fait écho aux perceptions sensori-motrices et verbales du patient.

     

    Ce "portage psychique" réalisé par les soignants se focalise sur
    l'actualité de la rencontre. Il s'agit non pas de nourrir les symptômes de sens
    mais de rester présent à soi quant à ce que l'on ressent comme aux pensées qui
    viennent à l'esprit.

     

    Ce que vise le travail de supervision n'est pas une explication des
    phénomènes ; en effet plus on explique moins on entend, mais, sous la forme
    d'hypothèses, une relance sans cesse renouvelée de la qualité de cette
    "présence" psychique qui consiste tout autant à s'intéresser à l'autre
    qu'à soi-même dans les effets de la rencontre soignant-soigné. Il en va ainsi
    des séances de packs qui répètent de semaines en semaines.

     

    Repérages

     

    C'est la rigueur du cadre qui permet la créativité de ce qui s'y déroule à
    l'intérieur et qui est totalement imprévisible et inattendue… Les effets de
    transformation, de perlaboration du matériel psychique ne sont possibles qu'à
    cette condition. Il s'agit, là comme ailleurs, de ne pas confondre la répétition
    avec le transfert.

     

    Que le transfert ait besoin de la répétition en s'appuyant dessus, c'est un
    truisme mais il s'agit de ne pas les superposer, ni de les confondre. C'est
    pourquoi le transfert n'est en rien la reprise de quelque chose qui s'est déjà
    joué avec qui que ce soit… papa, maman ou la tantine ou qui on veut… Le
    transfert c'est quelque chose qui n'a jamais eu lieu, il ne risque pas de
    répéter quoi que soit, il vient inscrire quelque chose qui jusque là n'avait
    jamais été enregistré. C'est nouveau et pas ancien. Si le mot actualisation du
    transfert a un sens, c'est celui-ci : il y avait la place, la trace pour quelque
    chose qui ne s'est pas inscrit et que l'expérience du transfert rend possible
    éventuellement… Le travail thérapeutique des packs ne consiste pas à formuler
    une interprétation au patient, mais à maintenir un travail de "détoxication"
    des pensées chez les soignants. C'est pourquoi il semble que le dispositif
    des enveloppements soit particulièrement pertinent en direction de patients
    gravement psychotiques, aux assises narcissiques défaillantes et utilisant les
    sensations, la proprioceptivité comme mécanismes de défense. Défense contre des
    angoisses archaïques de néantisation, de chute, d'engloutissement, de
    démembrement etc…

     

    Dans ce cas les éprouvés, les sensations n'apparaissent pas comme un mode de
    contact relationnel au monde extérieur, à l'autre, mais davantage comme un moyen
    de s'en protéger. Ce moi, avant tout corporel, comme le signifiait Freud, n'est
    pas ici une surface de contact potentielle mais une barrière protectrice,
    "cette seconde peau musculaire" propre au psychotique dont parlait E.
    BICK.

     

    C'est ainsi que nous devons saisir le recours au mécanisme d'identification
    projective déjà mentionné ou au mécanisme d'identification adhésive de type
    agrippement, collage… L'hypothèse de travail - et qui semble se confirmer -
    c'est que l'enveloppement induit une cessation, un retrait partiel des tensions
    musculaires et permet d'une certaine manière de contourner, de contenir cette
    organisation défensive : c'est le travail de "détoxication" qui autorise
    dans le meilleur des cas la constitution d'une enveloppe psychique, on pourrait
    dire substitutive ou de suppléance, chez le patient. Ce jeu d'emboîtement des
    enveloppes se retrouve par exemple chez un enfant autiste n'acceptant pas les
    observations d'une soignante qui s'adressait directement à lui, mais montrant
    une grande attention au commentaire que la même soignante faisait à son sujet à
    un autre soignante (comme des parents parlant de l'enfant au dessus du
    berceau).

     

    C'est Bion qui a décrit cet effort de penser les pensées. Il a donné le nom
    de la fonction alpha à cette capacité de rêverie maternelle qui consiste à
    restituer sous une forme assimilable par la psyché du bébé, les éléments épars,
    béta, de sa psyché (C'est de le cas avec l'exemple de Bertrand mentionné plus
    haut).

     

    Nous pensons que les cures de packing, dans leur dispositif, convoquent une
    forme de concrétisation de cette fonction, constituant l'essentiel de la
    dynamique thérapeutique. Ce modèle de la rêverie laisse entendre que la question
    de savoir si la mère a tort ou raison lors des interprétations des productions
    de son bébé, ne se pose pas en ces termes. Ce qui domine et a une valeur
    constitutive pour la psyché de l'enfant, ce n'est pas le sens lui-même mais
    l'introduction par la dépendance, par l'étayage sur l'autre aux significations
    du monde, aux signifiants du langage. C'est tout à fait important à saisir : la
    vie psychique s'organise selon deux grands axes de développement : objectal
    d'une part et narcissique de l'autre, pour dire les choses rapidement.

     

    Comment développer son narcissisme, son autonomie, si on est dépendant des
    autres ? C'est un paradoxe nécessaire dont Winnicott nous indique la solution
    avec tout ce qu'il a développé avec l'aire d'illusion et l'aire transitionnelle.
    Qu'est ce que cet espace d'illusion autorise ? Qu'est ce que cela évite ? Cela
    permet au bébé de ne pas se poser trop tôt la question de sa dépendance à
    l'objet. C'est la problématique de l'objet trouvé / crée. L'enfant vit dans
    l'illusion qu'il est le créateur de la satisfaction de ses besoins. Il créée le
    sein par sa faim. Le conflit entre les deux courants est mis entre parenthèse.
    La question entre ce qui est à lui et ce qui est aux autres ne se pose pas. Il
    est important qu'elle ne se pose pas trop tôt.

     

    Cette qualité des interactions et de l'investissement dont l'enfant a été
    l'objet se reflète dans les modalités de l'investissement de son propre corps.
    Son plaisir à fonctionner, à utiliser ses compétences, ses ressources physiques,
    psychiques est la traduction de la qualité des liens intériorisés. Il n'y a pas
    dans ce cas conflit entre le besoin du lien, l'appétit à recevoir, cette
    dépendance à l'objet et la nécessaire autonomination. L'un se nourrit de
    l'autre. A l'opposé, tout ce qui fait prématurément sentir à l'enfant le poids
    de l'objet et son impuissance à son égard (par défaut ou par excès) peut
    provoquer un antagonisme entre le sujet et ses objets d'investissements. Dans ce
    cas, les assises narcissiques se constituent non plus avec et par l'objet, mais
    contre l'objet (en proportion variable bien sûr).

     

    C'est une manière parmi d'autres de comprendre le sur-investissement de la
    motilité, de la sensorialité chez les enfants psychotiques où le seul recours
    pour se sentir exister est de se sur- stimuler. Pour suppléer une absence qui
    crée une détresse intolérable, l'enfant développe une activité de quête de
    sensations, mais ce sont des sensations mécaniques, répétitives, sans plaisir.
    Ici l'absence de l'objet investi n'est plus remplacée par le plaisir au recours
    à une activité mentale ou corporelle mais, par l'auto-stimulation du corps.

     

    Le dispositif du packing sollicite non pas un retour en arrière à la
    recherche d'objets perdus pour lesquels il y a "prescription", mais une
    relance de la dynamique relationnelle où la psyché de l'autre soignant
    renouvelle dans sa rêverie les conditions de surgissement du sujet, reliant
    dialectiquement objet et narcissisme ; que dans ces conditions nous ayons
    quelques surgissement des liens objectaux antérieurs … c'est bien possible. Pour
    illustrer cela, laissons-nous guider par les propos d'une patiente hésitant pour
    évoquer ses enveloppements entre "ça sert" et "ça serre". La
    première formulation renvoyant à l'objet, son usage, la fonctionnalité,
    l'utilité ; la deuxième renvoyant à l'emprise, à la dépendance à l'objet, à son
    enserrement dans l'autre. Problématique du narcissisme et de son lien
    dialectique à l'objet en permanence ré-interrogée.

     

    Quelques mots encore à propos des demandes de "formation" au packing !
    Le fait de travailler dans un but annoncé comme didactique vient nous rappeler
    que par rapport au patient, nous n'avons jamais qu'une "thérapie
    d'avance".
    Il n'y a fondamentalement aucune différence entre une
    "formation" et une "thérapie". Il s'y interroge la même
    subjectivité à condition que le thérapeute ne cherche rien à apprendre, ni même
    à transmettre à l'autre…. Pour le dire autrement "le contre-transfert
    s'analyse d'abord par rapport à la théorie"
    . Il nous importe peu de penser
    qu'est ce qu'un tel ou un autre aurait fait en pareilles circonstances. Ce qui
    nous guide est notre possibilité d'identification au patient, à son écoute, à
    l'écoute de ses mots, de son langage du corps, de sa langue propre à laquelle
    nous nous "associons" le plus librement possible.

    Bibliographie

    ALBERNHE T. : Dir. Et coll : L'enveloppement humide thérapeutique, 1992,
    Collection les empêcheurs de penser en rond.

     

    ANZIEU D., D. HOUZEL, A. MISSENARD et coll : Les enveloppes psychiques, 1987,
    Dunod, Collection Inconscient et
    culture.

     

    CAHN R. : Psychothérapie des névroses et des psychoses en Psychanalyse. PUF,
    3ème édition, 1999,sous la direction de A. de MIJOLLA et Sophie de
    MIJOLLA-MELLOR

     

    .

    DELION P.: le packing avec les enfants autistes et psychotiques, Erès 1999.

     

    N. GEISSMANN : Découvrir W. BION, 2001 Erès, Collection Enfance et psy.

     

    B. GOLSE : Le développement affectif et intellectuel de l'enfant,
    3ème édition,
    Masson.

     

    D. MELLIER : l'Inconscient à la Crèche, E.S.F. 2000, Collection la vie de
    l'enfant.

     

    Notes

    (1) Intersecteur Nord-Vaucluse, Centre Hospitalier,
       84143 Montfavet
    Cedex,
       Tel 04.90.03.92.29,
       Fax 04.90.03.92.43.



17/07/2012
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