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le psychiatre Gérard Schmit défend le packing

 
 
 
Autisme (2/2) : le psychiatre Gérard Schmit défend le
packing
Par Janlou Chaput, Futura-Sciences
 

En mars dernier sortait un rapport de la Haute
autorité de santé (HAS) critiquant la psychanalyse et la psychothérapie
institutionnelle dans le traitement de l’autisme. Des propos qui évidemment n’ont pas
plu aux psychiatres français. L’un d’entre eux, Gérard Schmit, interrogé par
Futura-Sciences, défend sa position et ses pratiques.

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Dans le précédent article, nous recueillions l'avis du
neurobiologiste Yehezkel Ben-Ari, opposant à la psychanalyse dans le traitement de
l'autisme.

Face à l’autisme, la solution miracle n’existe pas (encore ?).
Cette maladie complexe et variée, grande cause nationale 2012 en France, a pour
origine des mutations génétiques (au moins 1.000 potentielles) entraînant
un mauvais câblage du cerveau et induisant un comportement
d’enfermement de l’enfant, qui a des difficultés à communiquer, à partager son
attention ou manifeste des attitudes inappropriées.

Pour tenter de le soigner, ou au moins de l’apaiser, il existe
de très nombreuses méthodes, dont certaines sont plus populaires que d’autres,
selon la culture et l’histoire des territoires. Ainsi, les pays anglo-saxons
sont friands des techniques de conditionnement, et utilisent beaucoup la méthode
ABA en traitement de l’autisme. Une technique qui connaît ses succès et ses
échecs.

La France a laissé quant à elle davantage de place à la
psychothérapie depuis les quatre dernières décennies. Aux mêmes maux des remèdes
différents. Quelles pratiques sont les plus pertinentes ? La Haute autorité de
santé (HAS) a
émis dans un rapport datant de mars dernier ses recommandations contre ce
trouble envahissant du développement. Et la psychiatrie française en prend un coup, puisque psychanalyse
et psychothérapie institutionnelle sont décriées, notamment la technique du
packing qui fait tant polémique. Un texte plein de lacunes et de défauts selon
Gérard Schmit, du CHU de Reims, qui fait pour Futura-Sciences une lecture très
critique de ce fameux rapport.


Gérard Schmit est psychiatre au CHU de Reims. Pour lui, le
rapport de la HAS néglige le travail effectué par la psychiatrie française
depuis les 40 dernières années. Le thérapeute défend également l'efficacité du
packing, appliqué sur quelques cas rares et bien particuliers. © Gérard
Schmit

Futura-Sciences : Qu’avez-vous envie de répondre à ces
remarques qui portent sur l’inutilité de certaines pratiques psychiatriques
contre l’autisme ?

Gérard Schmit : Je suis un peu déçu de
constater que les réussites de ces dernières décennies sont passées inaperçues.
Il y a 40 ans, les enfants autistes étaient livrés à eux-mêmes dans les hôpitaux
psychiatriques et évoluaient vers un état de marasme développemental parce qu’on
ne savait pas quoi faire d’eux. Puis des psychiatres ont commencé à manifester
de l’intérêt et les choses ont commencé à bouger. Depuis, la situation s’est
nettement améliorée et les patients sont bien mieux pris en charge.

Le problème de ce rapport, c’est qu’il n’a pas été mené de
façon tout à fait scientifique. La revue de la littérature s’appuie sur des
articles d’une pertinence limitée et néglige certaines études qui aboutissent à
un résultat contradictoire et qui pourtant y auraient eu leur place. Certes,
nous n’utilisons pas de protocoles aussi stricts que pour les méthodes
pratiquées aux États-Unis, mais ces techniques connaissent aussi l’échec.

D’autres critiques à émettre sur ce rapport ?

Gérard Schmit : Oui, bien sûr. On nous parle
d’épidémie d’autisme ces dernières années, car les proportions d’enfants
atteints ont nettement augmenté : de maladie rare, elle toucherait quelques pour cents de la
population. Pourquoi ? Parce que le terme d’autisme a été redéfini et regroupe
maintenant nombre de tableaux cliniques très différents et très hétérogènes. La
HAS se limite à distinguer les formes sévères des formes plus modérées et
prétend proposer un traitement presque universel qui serait bénéfique pour tous
en incitant à favoriser la méthode ABA. Cela n’a aucun sens : c’est comme si on
décrétait qu’il fallait soigner n’importe quel type de cancer par la radiothérapie. Il ne faut pas faire croire qu’il existe des thérapies meilleures que d’autres, elles
dépendent surtout du patient.

Êtes-vous un opposant à la méthode ABA ?

Gérard Schmit : Non, pas du tout, parce
qu’elle fonctionne parfois. Le problème, c’est qu’elle n’est pas une solution
miracle et qu’elle suit de trop près un protocole prédéfini. Un enfant autiste
n’est pas une machine à réparer. Nous disposons d’éléments d’objectivation pour
évaluer ses performances, son comportement, etc., mais nous devons accéder à lui
en tant que personne, ce qui nécessite de faire appel à sa subjectivité. Comme
pour tout le monde, l’apprentissage correspond à l’intériorisation de données
émanant de l’extérieur. Avec les enfants autistes, il faut s’adapter pour
rentrer en communication avec eux, leur proposer des objets communs d’attention
et de médiation.

La méthode ABA fonctionne parfois car elle est adaptée à la
subjectivité de certains patients, leur proposant les éléments nécessaires pour
les sortir de leur condition. Mais elle ne marche pas à tous les coups parce que
l’enfant autiste ne la comprend pas toujours, probablement car elle est trop
restrictive. Nous, psychiatres, accordons davantage d’importance à la réactivité
de l’enfant et nous adaptons de ce fait notre thérapie, comme ce qui est
préconisé dans le rapport de la HAS d’ailleurs.


La technique du packing n'est utilisée qu'en France et en
Suisse francophone dans le traitement de l'autisme. Il s'agit de couvrir
l'enfant autiste d'un linge frais et humide pour le soulager. Cette pratique est
très critiquée par certains, mais sollicitée par d'autres. © Mike1024,
Wikipédia, DP

La pratique du packing, ou l’enveloppement du patient
autiste dans un linge frais et humide, a été épinglée. Quel est votre point de
vue ?

Gérard Schmit : Déjà, il faut savoir que
c’est une méthode très rarement utilisée, très chère, mais qui fonctionne. À
titre d’exemple, elle ne concerne qu’un enfant par an dans mon service. Ce sont
des malades qui sont très sévèrement touchés et qui s’automutilent ou se
frappent la tête contre les murs. Il faut réagir. Alors pour éviter de leur
donner des doses trop élevées de neuroleptiques, on utilise le packing, ce qui a tendance à les calmer. L’ironie de
l’histoire, c’est que certains de ces jeunes patients ainsi traités sont ceux-là
même qui n’ont pas été soignés par les autres méthodes et qui ont été exclus des
thérapies, ne sachant qu’en faire. On les met alors entre les mains de
psychiatres barbares et incompétents…

L’autisme est une maladie consécutive à des anomalies dans l’anatomie du cerveau. Peut-on réellement soigner le mal avec
des mots ?

Gérard Schmit : Si on pouvait soigner une
maladie neurologique entraînant un dysfonctionnement mental en réparant les neurones, ce serait une très bonne chose. Mais je doute que
cela puisse toujours se faire.

Le jour où quelqu’un sort un médicament, une thérapie
cellulaire ou autre solution qui guérit complètement l’autisme, je serai
émerveillé. Mais pour l’instant, je n’ai aucune arme biologique à lui opposer,
alors je fais avec les moyens dont je dispose : j’essaie d’établir le contact,
je diversifie les prises en charge en prenant en compte l’éducation, la
pédagogie ou les méthodes thérapeutiques. Ainsi, nous souhaitons aider l’enfant
autiste à se construire avec le cerveau qu’il a plutôt que de vouloir le
conditionner de l’extérieur. Je ne suis pas hostile aux neurosciences, je suis
hostile aux théories réductionnistes qui voudraient qu’on considère qu’il
n’existe qu' une dimension à un problème, là où il y en a plusieurs.

Le psychisme humain s’incarne dans le cerveau mais se nourrit aussi des expériences de vie, des
apports relationnels qui modifient en retour le fonctionnement cérébral. Cette
influence bidirectionnelle cerveau-psychisme existe aussi chez les personnes
autistes. Il ne s'agit pas de traiter un cerveau lésé avec des mots mais
d'entrer en relation avec une personne et ceci, c'est tout simplement
humain.



20/11/2012
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